Ô Messager d'Allah ! Les riches s'en retournent avec les récompenses ...


Certains Compagnons du Messager d'Allah (ﷺ) lui dirent : "Ô Messager d'Allah ! Les riches s'en retournent avec les récompenses.
Ils prient comme nous prions , jeûnent comme nous jeûnons et font l'aumône du surplus de leurs biens.
Il répondit : "Allah n'a t-il pas mis à votre disposition de quoi faire l'aumône ? Certes, chaque glorification est une aumône, chaque célébration de Sa Grandeur est une aumône, chaque louange est une aumône, chaque déclaration d'Unicité est une aumône, ordonner le convenable est une aumône, interdire le blamable est une aumône, et dans votre commerce charnel il y a une aumône. On demanda : "Ô Messager d'Allah ! L'un de nous assouvit - il son désir en y trouvant une récompense ? " Il répliqua : " Voyez vous s'il le faisait dans l'illicite en obtiendrait-il un péché ? De même, s'il l'assouvit dans le licite, c'est une récompense qu'il aura".

Rapporté par Muslim n°2329 ﴿

"Ô Messager d'Allah ! Les riches s'en retournent avec les récompenses" auprès d'Allah, parce qu'ils ont des biens qu'ils donnent en aumônes, or celle-ci occupe une place importante.

"Ils prient comme nous prions, jeûnent comme nous jeûnons et font l'aumône du surplus de leurs biens" c'est à dire qu'Allah les à distingués par le fait qu'ils acquite l'aumône, raison pour laquelle ils s'en retournent avec les récompenses de l'aumône.

Le Prophète (ﷺ) leur a alors expliqué que le sens de laumône est large disant : "Allah n'a t-il pas mis à votre disposition de quoi faire laumône ?". C'est une incitation à entendre les genres d'aumônes qu'Allah a institués pour les pauvres voire pour l'ensemble des musulmans, les riches et les pauvres, et qui n'entrent pas dans le cadre des aumônes pécuniaires.

Ceci s'appuie sur le sens de l'aumône dans la législation, qui n'est pas uniquement l'aumône pécuniaire qui en fait partie, mais bien la transmission du bien et du profit à autrui. C'est pourquoi Allah est décrit comme donnant l'aumône à Ses serviteurs. Il est en effet rapporté dans le Sahîh de Muslim (1) qu'on interrogea la Prophète (ﷺ) sur le raccourcissement de la prière en voyage, en avançant qu'a présent les gens sont en sécurité, or Allah (ﷻ) dit dans la sourate al Nisâ' : Ce n'est pas un péché pour vous d'écourter la prière si vous craignez que les mécréants ne vous mettent à l'épreuve  ﴿ (2).

Le Prophète (ﷺ) répondit : "C'est une amône qu'Allah vous fait, acceptez donc Son aumône !"

Allah (ﷻ) fait donc l'aumône à Ses serviteurs dans le sens où Il leur fait parvenir le bien et ce qui leur est utile. La transmission du bien à autrui que représente l'aumône peut aussi bien se faire au autres qu'a sois même. Le serviteur peut ainsi se faire parvenir le bien et être considéré comme faisant l'aumône, comme il peut le faire parvenir à autrui et être considéré comme tel.

Le sens de l'aumône dans la legislation est donc général et faire l'aumône des biens en fait partie.

"Certes chaque glorification est une aumône, chaque célébration de Sa Grandeur est une aumône, chaque louange est une aumône, chaque déclaration d'Unicité est une aumône".

Le Prophète (ﷺ) a cité ses quatre en exemple, parce qu'elles font partie de l'évocation de la langue et pour illustrer les autres formes d'évocations puisque qu'elles constituent la meilleure évocation. Il est en effet établi dans le Sahîh que Le Prophète (ﷺ) a dit : "Les paroles les plus aimées d'Allah sont au nombre de quatre : gloire à Allah, louange à Allah, il n'y a de divinité si ce n'est Allah et Allah est le plus Grand." (3)

Ces quatre paroles représentent la plus sublime forme d'évoquation par laquelle on se rapproche d'Allah (ﷻ) et d'aumône que l'on se fait à soi-même. Il dit en effet : "Certes, chaque glorification est une aumône", parce qu'elle renferme une récompense énorme. Par la glorification, on s'octroie à soi-même un ensemble de bienfaits et de récompenses. Il en va de même pour la louange, la déclaration d'Unicité et la célébration de la Grandeur.

Puis le Prophète (ﷺ) est passé à une forme d'aumône, qui touche autrui : "Ordonner le convenable est une aumône, interdire le blâmable est une aumône". C'est là un exemple de formes d'aumônes dont le profit est collectif. Le convenable est ce dont le bien est connu et ce qui est ordonné dans la législation. Ainsi, ce dont le bien est connu dans la législation est convenable. Le blâmable est son opposé, il sagit de ce dont le mal et le blâme sont connus dans la législation. Donc, celui qui ordonne ce dont le bien est connu dans la législation aura ordonné le convenable dont le summum est l'Unicité tandis que celui qui interdit ce dont le blâme est connu dans la législtation aura interdit le blâmable dont le summum est l'association à Allah ﷻ).

Tout ordre du convenable, ainsi que toute interdiction du blâmable, est une aumône. L'enseignement du savoir en fait partie, c'est une forme d'aumône. Quiconque s'attache au savoir, en l'apprenant et en l'enseignant, fait l'aumône à chaque instant qu'il vit, à lui même et à autrui. C'est pourquoi les savants sont ceux qui ont le plus de récompenses, si leurs intentions sont bonnes. "Et dans votre commerce charnel il y a une aumône". Les Compagnons en ont été étonnés et ont demandé : "Ô Messager d'Allah ! L'un de nous assouvit sont désir en y trouvant une récompense ?" Assouvir son désir signifie ici jouir, connaître le plaisir le plus intense. Il (ﷺ) répliqua : " Voyez-vous s'il le faisait (c'est-à-dire) s'il prenait sont plaisir dans l'illicite, en obtiendrait t-il un péché ? De même s'il l'assouvit dans le licite, c'est une récompense qu'il aura." Cela signifie que Allah ayant éprouvé le serviteur par le désir, la personne est récompensée lorsqu'elle s'adonne de manière licite à un des actes qui font partie des désirs, et qu'elle l'assouvit dans ce qui est licite et rennonce à l'assouvir dans l'illicite. C'est ce qui ressort du hadith.

Les savants ont cependant divergé en deux avis sur cette question : la personne est-elle récompensée si elle fait ce qui est licte sans intention ou l'est-elle si elle le fait avec un intention ? Certains savants affirment que le serviteur est récompensé lorsqu'il assouvit de manière licite ces désirs par lesquels Allah  (ﷻ) l'a éprouvé, même sans intention, selon le sens apparent de ce hadith. L'intention générale suffit, celle de l'obeissance ou de l'islam, car par l'islam le serviteur a l'intention d'obeir à Allah (ﷻ) dans ce qu'il fait et dans ce qu'il délaisse. D'autres savants estiment que ce hadith est à comprendre à la lumière d'autres hadiths ainsi le serviteur est-il récompensé s'il se détourne intentionnellement de l'ilicite au profit du licte. S'il renonce à commetre l'adultère pour s'adonner à ce qui est licite, intentionnellement il sera récompensé pour cela. Car les autres hadiths les règles générales et certains versets indiquent que l'on n'est récompensé que pour ce par quoi on cherche l'agrément d'Allah (ﷻ).

Le Prophète (ﷺ) a d'ailleurs dit :"Tu n'effectues aucunes dépense en recherchant l'agrément d'Allah sans que tu en sois récompensé". (4) Et Allah (ﷻ) dit dans la sourate al Nisâ' : Il n'y a rien de bon dans la plus grande partie de leurs conversations secrètes, sauf si l'un d'eux ordonne une charité, une bonne action, ou une concilation entre les gens. Et quiconque le fait cherchant l'agrément d'Allah, à celui-là Nous donnerons bientôt une récompense énorme. ﴿ (Corans 4 : 114). Ce verset indique que chercher l'agrément d'Allah est une condition. De même le hadith prouve que le serviteur est récompensé pour la dépense qu'il fait si c'est l'agrément d'Allah qui est recherché. C'est ainsi que la plupart des savants ont interprété le sens littéral de ce hadith, à la lumière des autres textes, par le fait que le serviteur renonce à l'illicite au profit du licite de manière intentionnelle. Si dans son coeur, il se dit qu'il ne commettra pas ce qui est interdit, car Allah lui a permis le licite pour s'en contenter au détriment de l'illicite, il sera récompensé pour le licite qu'il accomplit et pour le désir auquel il s'adonne avec cette intention. Les actes ne valent en effet que par les intentions.

📑  Hadith n°25 - Explications des 40 hadiths de l'Imam An Nawawi p.240/244

1 ) Sahih Muslim n°1573

2 ) Sourate 4 v101

3 ) Rapporté par Muslim n°2137

4 ) Al Boukhari #56 et Muslim n°4209