La conception de chacun d'entre vous s'éffectue en quarante jours dans le ventre de sa mère ; ensuite ...


D'après Abû 'Abd ar Rahmân 'Abd Allah Ibn Mass'ûd (رضي الله عنه) : "Le Messager d'Allah (ﷺ) , le véridique et le digne de confiance, relate : "La conception de chacun d'entre vous s'effectue en quarante jours dans le ventre de sa mère. Ensuite, pendant un même nombre de jours, il est une adhérence. Puis,il est un morceau de chair, pendant une période égale. Après cela, l'ange est Envoyé pour y insuffler la vie. Il reçoit l'ordre d'inscrire quatre choses : sa subsistance, sa durée de vie, ses oeuvres, et s'il sera heureux ou malheureux. Par Celui en dehors duquel il n'y a pas d'autre dieu que Lui ! L'un de vous accompli les oeuvres des gens du Paradis, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'une coudée entre lui et le Paradis. Le décret le précède alors et il accomplit un acte des gens du Feu et il y rentre. L'un de vous accomplit les oeuvre des gens du Feu jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'une coudée entre lui et le Feu. Le décret le précède alors et il accomplit un acte des gens du Paradis et il y rentre".

 Rapporté par l'Imam Al Bûkhari n°3208 et l'Imam Mûslim n°6723

Ceci constitue le quatrième des ahadiths bénis. C'est celui d'Ibn Mass'ûd  (رضي الله عنه) où mention est faite du destin et de la conception dans la matrice. Ce hadith représente l'un des fondements dans le chapitre du destin, de l'attention qu'il convient d'y accorder, de la crainte qu'il faut avoir des antécédences aussi bien que des conséquences. On dit à juste titre : "Les pieux dont les coeurs sont accrochés aux conséquences, se demandent : "Quelle sera notre fin ?" Ceux des intimes le sont aux antécédences. Ils s'intérogent : "Qu'est-ce qui nous est prédestiné ?" C'est cela la foi au destin, la crainte du Livre Primordial et la peur du résultat final. C'est aussi l'un des effets de la foi au destin, qu'il soit bon ou mauvais.

Ce hadith indique donc qu'il existe un destin lié à la vie de chaque être humain, lequel destin est écrit par l'ange, sur ordre d'Allah.

Il est donc cité pour expliquer le destin individuel, afin que l'homme ait une crainte des antécédences et des conséquences, et qu'il croit que ce qui l'atteint ne devait pas le manquer et que ce qui le manque ne devait pas le toucher. Les précédences et les conséquences, par rapport à l'oeuvre du serviteur, sont enchaînées. Ne dit-on pas que "les conséquences sont l'héritage des antécédences"? l n'existe pas d'issue finale dont la cause - par la bonté, la miséricorde, la justice et la sagesse d'Allah - n'est pas imputable aux antécédents de l'acte individuel. Tout est lié à la prédestination.

Dans ce hadith, Ibn Mas'ûd déclare : "Le Messager d'Allah (ﷺ) , le véridique, le digne de confiance, nous rapporte". Il s'agit de l'une des expressions relatives à la transmission connues chez les traditionnistes, où son emploi fréquent chez les savants. En effet, les traditionnistes ont choisi la formule la plu élevée, à savoir : "nous rapporte/haddathanâ", parce que les Compagnons ont dit le Messager d'Allah (ﷺ), nous a rapporté. Le présent hadith en est un exemple. d'autres formules de transmission sont : "nous a informé/akhbaranâ", car les Compagnons se sont exprimés de la façon suivante : "Le Messager (ﷺ) nous a informé" ou "le Prophète (ﷺ) m'a informé/akhbaranî". Il existe encore d'autres formules indiquant la transmission.

"Il est le véridique" ; celui qui apporte la vérité. La réalité de la vérité consiste à informer de ce qui est conformeà la réalité. Le songe est son opposé. Il se résume à annoncer ce qui est conforme à la réalité. "Le digne de confiance" est celui qui est cru. En d'autres termes, il ne dit pas une chose sans qu'on y apporte foi.

L'expression  d'Ibn Mass'ûd "le véridique, le digne de confiance" recèle une leçon pour l'enseignant. Il doit faire en sorte que la science soit à la portée de celui qu'il veut enseigner. En effet, ce hadith contient une information liée à l'invisible, qu'on ne peut appréhender ni par le sen ni par l'expérience. On l'acquiert plutôt à travers la soumission et la connaissance de l'information, eu égard à la véracité de celui qui l'annonce. Ce hadith renferme aussi divers types de transmission de l'ensignement. Il est notoire, qu'à cette époque, ni les Compagnons ni les gens en général, ne connaissaient les étapes de cette évolution, à la faveur d'une science s'appuyant sur l'expérience ou l'observation, ou autre. Il s'agissait tout simplement d'une nouvelle à laquelle ils adhéraient. Ils étaient savants, non pas par l'expérience, mais grâce à l'information révélée par le biais du Prophète (ﷺ).

Cette expression signifie, par conséquent, qu'il est question de quelqu'un qui ne communique pas une nouvelle contraire à la réalité. Il est celui que l'on croit, quelle que soit la nature de l'information qu'il transmet, parce qu'on reconnaît qu'il est le porteur d'un message.

"La conception de chacun d'entre vous s'effectue (litt. est rassemblée) en quarante jours dans le ventre de sa mère". Le terme "est rassemblée" indique que tout était dispersé avant d'être réuni sous la forme d'une semence (nutfa). Celle-ci est un mélange de liquide de l'homme et de la femme, ou autre chose en ce genre, avant que ceci ne se transforme en sang. L'adhérence est un caillot de sang qui s'accroche à une chose. Dans le cas présent, il s'afit de la matrice.

"La conception de chacun d'entre vous s'effectue en quarante jours dans le ventre de sa mère" : Autrement dit, pendant quarante jours tout est à l'état liquide, sans se changer en sang. A partir du moment où la semence s'installe dans la matrice, elle demeure dans cet état pendant quarante jours. Cela signifie-t-il que, durant toute cette période, il n'y a aucune sorte de façonnement, de création ou autre ? Ce hadith ne donne pas une telle indiquation. Tout au plus, il fait ressortir que, durant ce laps de temps, il y a une goutte. Pour ce qui est du moment où se produit le façonnement, ce présent hadith n'y fait aucune référence, mais ce point est soulevé dans d'autres traditions prophétiques.

"Ensuite, pendant un même nombre de jours il est une adhérence" : En fait, il devient un caillot de sang dans la matrice, pendant une période de quarante jours additionnels.

"Puis, il est un morceau de chair pendant une période égale" : le caillot de sang se transforme en un morceau de chair, pour unr durée de quarante jours ... Dans le hadith, le Prophète (ﷺ) emploi le mot "thumma/puis". Cette particule indique un délais. Or, le délais dépend de la chose en question, comme cela est connu.

Le façonnement a lieu durant cette période. Dans le Sahih de Muslim, Hudhayfa Ibn Usayd rapporte que le Prophète (ﷺ) a dit : "Au bout de quarante-deux nuits, Allah envoi un ange à la goutte de sperme. Il la façonne, crée son ouïe, sa vue, sa peau, sa chair et ses os, puis il demande : "Ô Seigneur ! Un garçon ou une fille ?" Ton Seigneur décide alors ce qu'Il veut et l'ange écrit. Puis, il demande : "Ô Seigneur ! Sa durée de vie ?" Ton Seigneur dit ce qu'Il veut et l'ange écrit.  Ensuite, il dit : "Ô Seigneur ! Sa subsistance ?" Ton Seigneur décrète alors ce qu'Il veut et l'ange écrit. Puis, l'ange s'en va avec le feuillet à la main, sans rien ajouter ni retrancher de ce qu'on lui a ordonné". [1]

Ce hadith prouve que le façonnement précède le complétion de cette période et qu'il a lieu après les quarant-deux nuits. Le Tout Puissant déclare :  ﴾ Il t'a façonné dans la forme qu'Il a voulue. ﴿ | Coran 82:8 | ; Ce façonnement implique la planification. En effet, les termes utilisés dans le façonnement, de la créature et l'innovation. Le Seigneur dit : ﴾ C’est Lui Allah, le Créateur, Celui qui donne un commencement à toute chose, le Formateur. ﴿ | Coran 59:24 |.

Le Formateur (al-Musawwir) est celui qui donne à une chose un aspect déjà planifié.

La création (al-khalq) : la création de l'embryon dans le cas présent, consiste à lui octroyer les extrémités et les membres, dans les mesures adéquates, etc.

La novation (al-bar') a trait à la complétition. C'est à dire, il s'agit de parachever ce qui a précéde.

Ceci est très clair par rapport à l'embryon. En effet, celui-ci est tout d'abord façonné, avant la création de ses membres. Quand il y a une fausse couche, à quatre-vingt-dix jours ou à plus de quatre-vingt-dix jours, le foetus se présente comme un tableau sur lequel il y a des traits. Autrement dit, les yeux sont clairement dessinés : ﴾ Gloire à Allah le Meilleur des créateurs ! ﴿ | Coran 23:14 |

Cela ressemble à un dessin sur une surface transparente. Les membres ne sont pas encore formés, mais cette esquisse - comme mentionné dans le hadith de Hudhayfa Ibn Usayd - est faite par l'ange sur ordre d'Allah. Les anges sont chargés d'accomplir ce qu'Allah leur demande. Le Très Haut déclare :  ﴾ Dis: «L’Ange de la mort qui est chargé de vous, vous fera mourir  ﴿  | Coran 32 : 11 |. Ils exécutent les ordres divins : ﴾  ... ne désobéissant jamais à Allah en ce qu’Il leur commande, et faisant strictement ce qu’on leur ordonne. ﴿ | Coran 66 : 6 |.

Ce hadith nous apprend également que, durant cette période, on consigne s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille. On a vu, effectivement, qu'au bout de quarante-deux nuits, l'ange questionne : "Ô Seigneur ! Un garçon ou une fille ?" Ton Seigneur décrète alors ce qu'Il veut et l'ange l'écrit".

Selon un groupe de savants après cette période de quarante-deux nuits, la conaissance du sexe du foetus ne relève plus d'une prérogative d'Allah. Allah s'est réservé la science de cinq choses relatives au monde de l'invisible, parmi lesquelles le contenu de la matrice. Ce dernier a trait à celui qui s'y trouve aussi bien qu'à toute autre chose que celle-ci renferme. Le Seigneur affirme : ﴾ Allah sait ce que porte chaque femelle, et de combien la période de gestation dans la matrice est écourtée ou prolongée. Et toute chose a auprès de Lui sa mesure. ﴿ | Coran 13 : 8 |.

Cette connaissance globale de l'évolution de l'embryon dans le ventre de sa mère, étape par étape, n'est détenue que par Allah, uniquement. Quant au sexe du foetus, Allah est le Seul à le connaître avant les quarante-deux nuits. Dès lors que l'ange en fait l'annonce, cela signifie que cette science n'est plus du domaine dont Allah a la prérogative. Ce qui explique le comportement de certaines personnes expérimentées, dans le passé. En effet, dans tafsir ahkam al Qur'an Ibn al 'Arabi rappelle qu'en ragardant uen femme enceinte, certains pouvaient dire si elle portait un garçon  ou une fille. Pour les savants, ce n'est pas une prétention de connaître l'invisible, parce que ce privilège existait avant la période que l'on sait. D'autres le restreigent au moment précédant l'insufflation de la vie dans l'embryon. Il est juste de limiter cet apanage à l'étape qui précède les quarante-deux nuits, comme le prouve le hadith authentique déjà cité.

A l'heure actuelle également, on sait, à la faveur des moyens modernes, s'il est question d'un garçon ou d'une fille. Il ne s'agit pas d'une prétention de connaître l'invisible parce qu'on ne le connaît point. On ne peut déterminer ce sexe qu'après la période mentionnée, mais pas avant parce que c'est la prérogative d'Allah. Cependant, on ne peut accéder à ce savoir qu'après l'apparition de l'organe génital, chose qui ne se réalise qu'à la suite de ladite période.

"Puis, pendant un même nombre de jours il est une adhérence. Subséquement, il est un morceau de chair pendant une période égale". : au totale cela fait cent vingt jours, soit quatre mois.

"Ensuite, on délègue auprès de lui l'ange" : l'ange chargé d'insuffler la vie est envoyé après l'acèvement des quatre mois. Il se peut que ce soit le même ange qui a été dépêché après les quarante-deux nuits - comme mentionné dans le hadith de Hudhayfa - mais dans tous les cas on est en présence d'une nouvelle misson.

"Il y insuffle la vie et reçoit l'ordre d'inscrire quatre choses : sa subsistance, sa durée de vie, ses oeuvres et s'il sera heureux ou malheureux". Après avoir étudié ce point, les savants affirment : ce hadith indique que l'insufflation de la vie ne se fait qu'après quatre mois. Ce qui amène l'imam Ahmad et d'autres savants à déclarer : si le foetus tombe à quatre mois, il faut le laver et accomplir la prière funéraire pour lui, parce que, sur la base de ce hadith, il a déjà reçu la vie.

D'après d'autres ahadiths, la subsistance, la durée de vie et ses conditions sont écrites avant ce délai. Comment peut-on concilier les ahadiths mentionnant l'écriture avant cette période avec ceux soutenant qu'elle est faite après les cent vingt jours ? Les savants proposent diverses réponses dont la plus probante, à mon avis, est que ce hadith indique les évènements dans un sens inverse. L'introduction de l'écriture, dans la mention de l'evolution de la grossesse, est impropre d'un point de vue linguistique. Il conviendrait, tout d'abord, de citer la progression de celle-ci, puis l'insufflation de l'âme, parce qu'elle est liée à l'étape précédente. Quant à l'écriture, bien que s'effectuant durant cette période de cent vingt jours, elle est citée après, car il n'est pas adéquat de l'y inclure, en raison de la succession de ces différentes étapes. En d'autres termes la langue voit qu'il est bon de ne pas inclure l'écriture au milieu de ces phases. L'objectif donc est de rappeler les trois stades que sont la goutte, l'adhérence puis le morceau de chair. La mention de l'écriture, au milieu, ne ferait que couper cet enchaînement.

D'un point de vue linguistique, il existe beaucoup d'exemples, parmi lesquels on peut évoquer la parole d'Allah : ﴾  Et Il a commencé la création de l’homme à partir de l’argile, puis Il tira sa descendance d’une goutte d’eau vile [le sperme] ; puis Il lui donna sa forme parfaite et lui insuffla de Son Esprit ... ﴿ | Coran 32 : 7/9 |.

Dans ces versets, l'ordre est le suivant :  Et Il a commencé la création de l’homme à partir de l’argile, puis Il tira sa descendance d’une goutte d’eau vile [le sperme], bien que l'insuffation de l'âme précède l'existance de la descendance. En d'autres mots, Il a commencé la création de l'homme d'argile, puis la vie a été insufflée et, ensuite, Il lui a donné une descendance à partir d'eau vile. Dans ce présent cas, l'insufflation de la vie mentionnéee à la fin - même si elle a lieu entre les deux étapes - afin de marquer l'harmonie entre l'eau et l'eau ou entre l'argile et l'eau. C'est ainsi que l'accord s'eeffectue entre les divers ahadiths. C'est l'avis le plus probant sur la question, le plus pertinent d'un point de vue linguistique et le plus approprié pour faire le lien entre les ahadiths.

A ce propos, l'insufflation de l'âme est-elle liée à l'écriture ou bien se fait-elle après les cent vingt jours ? Les savants proposent des réponses différentes, dont :

Pour un groupe de savants, elle n'a lieu qu'après quatre mois, parce que le hadith énonce "ensuite on lui envoi l'ange pour y insuffler la vie". La particule "ensuite/thumma" met en exergue le délai. C'est pour cette raison que des Compagnons affirment que la vie est insufflée durant les dix premiers jours suivant les quatre mois. L'imam Ahmad et d'autres partagent cette opinion.

Selon un autre groupe de savants, la vie est insufflée lorsque la période de quatre mois et dix jours est complétée, eu égard aux différentes narrations faites par les Compagnons à ce sujet.

Un troisième avis estime que l'insufflation de la vie et l'écriture sont liées ou simultanées, car le hadith stipule "après cela, l'ange est envoyé pour lui insuffler la vie et il reçoit l'ordre d'écrire quatre choses". L'ordre d'écrire vient en même temps que l'insufflation de la vie. Or, les autres ahadiths nous enseignent que l'écriture de ces quatres choses à lieu avant. Les paroles du Prophète (ﷺ), loin de se contredire, sont en accord, parce que la vérité ne s'oppose pas à la vérité. bien au contraire, elles se soutiennent entre elles. Les savants ont émis cette opinion en se fondant sur la plus grande possibilité. L'âme peut être insufflée alors que le foetus bouge déjà, car l'insufflation de la vie est citée en même temps que l'écriture. d'autres ahadiths évoquent que celle-ci a lieu avant. Cela veut dire que l'insufflation de l'âme peut avoir lieu durant les cent vingt jours.

L'écriture a-t-elle lieu après l'insufflation ? Ce hadith n'indique pas une telle chose. Il enseigne plutôt qu'elle succède à l'âme, en vertu de la conjonction "et" dans l'expression : "Après cela, l'ange est envoyé pour y insuffler la vie. Il reçoit l'ordre d'inscrire quatre choses". Or la conjonction "et" n'implique pas l'ordre, mais plutôt une participation. Cela signifie que l'un ou l'autre des deux évènements peut se produire avant. Selon toute vraisemblance, l'écriture précède l'insufflation de l'âme, comme le prouvent nombre de ahadiths.

Il existe un très long désaccord entre les savants sur ce point. Nous pouvons affirmer, en résumé, que l'insufflation de la vie - comme on le voit dans le hadith - a lieu après les cent vingt jours. Il se peut aussi que le foetus bouge et que l'insufflation s'effectue par la suite, cose que l'on observe. En effet, il arrive fréquemment que la maman sente le foetus bouger dans son ventre, avant le terme des quatre mois. Dans Sa parole, Allah dit à propos de l'Elu (ﷺ) : ﴾ et il ne prononce rien sous l’effet de la passion ; ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée. ﴿ |Coran 53 : 3-4|. Il est, par conséquent, le véridique, le digne de confiance. Ses paroles se renforcent les unes les autres.

"Il y a insufflé alors l'âme" : l'âme est l'une des créatures d'Allah. Nous ne savons rien sur la façn dont s'opère l'insufflation, ni sur la manière dont l'âme s'installe dans le corps. L'âme est attribuée à Allah pour l'honorer et magnifier son importance. Le Très Haut déclare : ﴾ et dès que Je l’aurai harmonieusement formé et lui aurai insufflé Mon souffle de vie ... ﴿ |Coran 15 : 29 |. L'annexion est faite pour démontrer la création et honorer la créature. Ce n'est nullement un attribut divin.

L'âme comme on le sait, est le secret de la vie. Son attachement au corps du foetus dans la matrice est un lien faible, parce que l'âme n'a rien acquis, ni n'est-elle devenue forte. Son attachement au corps se renforce,au fur et à mesure que le séjour du foetus se prolonge dans le ventre de la mère. Si bien que, lorsqu'il vient au monde, elle s'y accroche d'une manière différente.

Selon les savants, l'âme s'attache au corps de quatre façons :

La première : l'attache qui existe dans la matrice lorsque l'ange est envoyé et reçoit l'ordre d'insuffler l'âme dans l'embryon. Cet acte apporte la vie au corps et à l'âme. Mais ce lien est particulier. Il n'est pas comme celui qui existe quand le foetus sort du ventre de sa mère.

La deuxième : le lien entre l'âme et le corps en ce bas monde, car la vie est pour le corps et l'âme suit le corps. Autrement dit, dan sce monde le corps profite des bienfaits mails il est soumis, par ailleurs, aux souffrances, etc. L'âme, qui lui est subordonnée, connaît la douleur et le plaisir autant que lui. Il se porrait aussi que l'âme ressente le plaisir et la peine, etc. de manière indépendante.

La troisième : après la mort, dans le monde intermédiaire (al-barzakh), la vie appartient à l'âme et c'est le corps qui lui est assujetti. C'est le contraire de la vie dans ce bas monde. Dans ce monde intermédiaire, ce sont les âmes qui peinent et se délèctent. Les corps qui les suivent ont aussi leur part de souffrance et de volupté, en raison de cette corrélation.

La quatrième : l'attachement de l'âme au corps, lors de la grande résurrection et après. C'est le lien le plus parfait. L'âme et le corps sont deux entités indépendantes. Au jour de la Résurrection, l'âme et le corps goûteront à la félicité et à la punition ensemble, du fait de ce lien excellent qui existe entre eux. Ce sont là des secrets connus d'Allah seul.

Outre ce que nous avons mentionné, il y a un autre type de lien rappelé par un groupe de savants : celui qui subsiste durant le sommeil. En effet, l'âme du dormeur est attachée à son corps, mais pas comme dans la vie d'ici bas. Il y a une différence. Une partie de l'âme est retenue par Allah durant le sommeil. Une deuxi-me s'en va divaguer et revient, ce qui provoque les rêves. Une troisième partie demeure attachée au corps afin de maintenir la vie corporelle.

"Il reçoit l'ordre d'inscrire quatre choses : sa subsistance, sa durée de vie, ses oeuvres et s'il sera heureux ou malheureux" : cette écriture s'appelle le destin couvrant toute la durée de vie sur terre. Il y existe en effet, divers types de destin : le destin journalier, le destin annuel qui est d'un niveau plus élevé, le destin couvrant la durée de vie et la prédestination qui se trouve dans la Tablette Gardée. - Cette dernière qui englobe l'ensemble de la création, comme le Tout Puissant l'affirme : ﴾ Ne sais-tu pas qu’Allah sait ce qu’il y a dans le ciel et sur la terre? Tout cela est dans un Livre, et cela est pour Allah bien facile. ﴿ |Coran 22 : 70 |. ﴾ Nous avons créé toute chose avec mesure, ﴿ | Coran 54 : 49 |. Le Prophète (ﷺ) a dit : "Allah a écrit les destinées des créatures cinquante mille ans avant la création des cieux et de la terre". [2]

On retiendra de ce qui précède que ce destin est celui régissant la vie dans ce bas monde et que c'est une partie de la prédestination. Tout bien considéré, le destin de la vie de tout le monde correspond au destin écrit dans la Tablette Gardée, chacunselon ce qui lui revient. Cette prédestination est générale et particulière. Par contre, le destin dont on parle est relatif à la durée de vie de chaque être humain.

Il ne s'agit pas pour autant d'un fatalité. Le serviteur n'est pas contraint aux quatre chose que l'ange a été ordonné d'écrire. Ce dernier reçoit, tot simplement, l'instruction de consigner ce qu'Allah a déjà décidé, afin de faire apparaître la conformité de la science divine avec la vie des serviteurs. Nul ne peut contrevenir à ce type de destin. Celui qui est destiné à être malheureux le sera, car la science d'Allah est effective. En somme, Allah sait ce qu'il adviendra aux hommes jusqu'au Jour de Résurrection, voire au-delà.

Ce destin de la vie, écrit de main de l'ange, diffère de celui qui est dans la Tablette Gardée sur un point, à savoir qu'il peut être changé. Par contre, l'autre est immuable. Autrement dit, ce qu'Allah a écrit dans le Livre Mère ne peut ni être effacé ni changé, tandis que les autres destins - de l'année ou de la vie - ne s'y prêtent pas. Le Tout Puissant déclare : ﴾ Allah efface ou confirme ce qu’Il veut  et l’Ecriture primordiale est auprès de Lui. ﴿ | Coran 13 : 39 |. A propos de la phrase : "Allah efface ou confirme ce qu’Il veut", Ibn 'Abbas  (رضي الله عنه) pense qu'il s'agit de ce qui se trouve dans les registres des anges. "et l’Ecriture primordiale est auprès de Lui." signifie que la Tablette Gardée demeure auprès de Lui et n'accepte aucun changement.

Pour cette raison 'Umar Ibn al Khattab (رضي الله عنه) faisait cette invocation : "Ô Allah ! Si tu as écrit que je serai malheureux, alors mets-moi au rang de ceux qui seront heureux". On entend par là ce qui est écrit dans les regisres des anges et non dans la Tablette Gardée, car le contenu de celle-ci ne change pas d'un iota. ceci s'explique par une immense sagesse : le serviteur doit agir en fonction de ses intérêts, manifester un grand désir à l'égard d'Allah et savoir qu'Il est au courant de ce que font les fidèles. La science d'Allah englobe, entre autres, leurs invocations, l'espoir qu'ils placent en Lui ainsi que les moyens qu'ils emploient pour se rapprocher de Lui afin de réaliser leur bonheur dans l'au-delà.

"Il reçoit l'ordre d'inscrire quatre choses : sa subsistance, sa durée de vie, ses oeuvres et s'il sera heureux ou malheureux" : comme déjà mentionné, il ne s'agit pas de contrainte. Pour les gens de la sounna; l'homme détient le libre arbitre. A travers son choix, il n'échappe pas à ce qu'Allah a déjà décrété. Il n'est ni forcé d'accomplir son acte ni n'est-il créateur de son propre acte. Au contraire, c'est Allah qui crée les actes du serviteur.

"Par Celui en dehors de qui il n'y a pas d'autre dieu que Lui !" : cette expression est celle d'Ibn Mass'ud (رضي الله عنه), semblable à un commentaire de ce que le Prophète (ﷺ) a dit précedemment : "L'un de vous accomplit les ouvres des gens du Paradis, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'une coudée entre lui et le Paradis". C'est l'immense faveur qu'allah accorde à certains de Ses serviteurs en leur donnant une fin heureuse.

Ce hadith et le commentaire d'Ibn Mass'ud (رضي الله عنه) à la fin suscitent une grande crainte au sujet de l'issue finale. L'homme commence à penser à ce qui précède et parfois, en cogitant sur la prédestination, il ne sait ce qui est écrit pour lui et se met alors à pleurer. Un imam, parmi les anciens a dit : "Rien ne fait pleurer autant que la prédestination".  L'homme regarde et réffléchit, puis souhaite connaître ce que l'ange a écrit pour lui. Sera-t'il heureux ou malheureux ? Mais, dans Sa grande sagesse, Allah a dissimulé cette connaissance aux serviteurs afin qu'il continuent à oeuvrer sérieusement. De la sorte, la sagesse de la responsabilité légale sera préservée et les gens se distingueront les uns des autres, à travers la piété et la crainte révérentielle. L'homme résolu n'est pas comme le négligent. De même, celui qui combat son âme et son ennemi, Iblîs, diffère de l'insouciant qui permet à son âme de suivre sa passion.

Un ancien a déclaré : "Les coeurs des pieux sont accrochés aux finalité, en se demandant : "Quelle sera notre fin ?" Ceux des rapprochés les ont aux antécédences et ils s'intérrogent ? "Qu'est ce qui nous a précédés ?" C'est un exemple de la grande peur qui se trouve dans les coeurs des gens de la foi. Cela ne signifie pas qu'ils sont hésitants et qu'ils n'oeuvrent pas dans l'obéissance d'allah. Au contraire, ils sont poussés à avoir plus de détermination et à se préparer à rencontrer Allah.

La foi au destin produit de sublimes fruits relatifs à l'oeuvre, à la conviction et à la piété des coeurs. Les pieux sont ceux qui ont cru au destin et les inscouciants sont ceux qui s'y opposent. Chacun occupe un degrés de mérite et de faveur auprès d'Allah. Il y a les rapprochés et les devanciers, les gens de la droite etc. Les malheureux occupent également des niveaux divers dans l'Enfer. Qu'Allah nous préserve du désappointement !

➧ Hadith n°4 - L'explication des 40 ahadiths de l'Imam An Nawawi (رحمه الله). p71/82

[1] Rapporté par Muslim n°6726

[2] Rapporté par Muslim n° 6748 et At Tirmidhi n°2156