"Certes le licite est évident et l'illicite est évident. Entre eux, il est des équivoques ..."


Hadith n°6

Abû 'Abd Allah an-Nu'mân Ibn Bachir relate : "J'ai entendu le Messager d'Allah (ﷺ) dire : "Certes, le licite est évident et l'illicite est évident. Entre eux, il est des équivoques que nombre de gens ne connaissent pas. Celui qui se prémunit contre les équivoques met sa religionet son honneur à l'abri. Mais celui qui y tombe, tombe dans l'illicite, tel le berger qui fait paître son troupeau autour d'un enclos. Peu s'en faut qu'il l'y fasse paître. Or, chaque roi dispose d'un enclos. Or, l'enclos d'Allah, ce sont Ses interdits. Certes, il y a dans le corps un morceau de chair : s'il est sain, tout le corps sera sain. S'il est corrompu, tout le corps sera corrompu. Il s'agit assurément du coeur."

[ Rapporté par Al Bûkhari (52,2051) et Muslim (1599) ].

 

Les savants considèrent ce hadith comme le tiers ou le quart de la religion. en effet, l'imam ahmad déclare que trois hadiths constituent l'axe de l'islam : le hadith de 'Umar "Les actes ne valent que par leurs intentions", le hadith de 'Aisha "Celui qui introduit dans notre affaire que voici une chose qui n'en fait pas partie la verra rejetée" et le présent hadith d'An Nu'mân Ibn Bachir. Ce dernier fait ressortir que les statuts dont de trois types :

- le licite évident sans équivoque

- l'illicite évident sans équivoque

- et l'équivoque que nombre de gens ignorent mais qui est connu de certains.

Le licite évident et l'illicite évident ont un statut clair, tandis que celui de l'équivoque est expliqué par ce hadith. Le licite requiert l'intention et l'observance de la sunna dans les actes d'adoration et les transactions, et ne souffre pas qu'on y introduise d'innovation. De même, l'illicite doit être délaissé avec l'intention d'en obtenir une récompense, etc. Ce qui fait de ce hadith le tier de l'islam.

Pour Abû Dâwud et les auteurs des Sunan, ces hadiths sont au nombre de quatre. Ils ajoutent à la liste celui soutenant que "la religion c'est la sincérité", hadith que nous verrons tout de suite après s'il plaît à Allah.

Ceci prouve que notre hadith occupe une place éminente dans la Loi, car il constitue le tiers de la religion, aux yeux de celui qui l'a compris. Celui qui s'adonne au licite évident et clair est bien guidé. Quant à celui qui délaisse l'illicite clair, évident et sans équivoque sera récompensé. Quiconque y tombe commet un péché. Il y a ensuite une catégorie qui est équivoque. C'est à cause d'elle que ce hadith a été énoncé, par le bienveillant et compatissant Prophète (ﷺ).

Il déclare : "Le licite est évident et l'illicite est évident. Entre eux, il est des choses équivoques".

La première partie : "Le licite est évident" comme les divers types de vivres qu'il est permis de consommer. Ainsi, on peut manger de la viande et du pain, boire de l'eau, etc. Il en est de même pour les divers types de transactions financières autorisées : la vente et le change clairs, les différentes formes de bail (al-ijâra), le mariage et autres transactions qui remplissent, sans équivoque, toutes les conditions requises. Ceci est clair et les gens connaissent ce qui est licite et évident. Il a divers niveaux.

La deuxième partie : "L'illcite est évident", comme le vin, le vol, la fornication, la corruption, accuser injustement les croyantes innocentes et autres choses dont on parle avec clarté et sans aucune ambiguïté.

La troisième catégorie : "Il y a entre eux des choses équivoques". Cette ârtie a été placé entre le licite et l'illicite parce que tantôt elle est attirée par le licite et tantôt par l'illcite, aux yeux de celui qui ne parvient pas à le discerner. Pour une telle personne, l'équivoque se trouve entre le licite et l'illcite. Elle n'est pas en mesure de trancher. Quand elle la considère sous un certain angle, elle trouve que c'est licite. Vue différement, elle le juge illicite. Un grand nombre de gens se trouve dans cette situation. Mais ceux qui sont pétris de science en connaissent le statut. Ils peuvent dire si c'est licite ou illicite.

L'affirmation du Prophète (ﷺ) "entre les deux, il y a des choses équivoques que peu de gens connaissent", indique que leur statut est connu de peu de gens.

Les savants diffèrent grandement dans l'explication de ces choses équivoques, tant et si bien qu'ils ont composé une quantité d'ouvrages à ce sujet. De même, les exlications de ce hadith dans les livres développées glosent longuement sur les équivoques. La clarté de ces dernières repose sur le sens que revêt le mot équivoque dans la langue aussi bien que dans le Coran.

Dans la langue arabe, le terme signifie confus. La chose est tiraillée entre plusieurs tendances au point de paraître obscure à l'observateur ou à l'auditeur. Par exemple, si les choses sont équivoques aux yeux de quelqu'un, cela veut dire qu'elles sont confuses au point qu'il lui est impossible de les distinguer les unes des autres. Les voix sont équivoques quand elles s'entremêlent, réduisant à néant toute possibilité de les identifier.

En résumé, les équivoques, sur le plan linguistique, sont les choses qui ne sont pas claires pour nombre de gens, en raison de la faiblesse de ces derniers. De même, que les choses sont confuses à l'observateur souffrant d'une vue faible et à l'auditeur éprouvé par une certaine surdité, de même les questions que l'on appréhende par la finesse d'esprit, deviennent nébuleuses en raison d'un manque de sagacité et de science.

Dans le Coran, Allah oppose les équivoques à ce qui est clair et précis (muhkam) dans le verset de la sourate Ali 'Imran v 7 : { C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre: il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent: «Nous y croyons: tout est de la part de notre Seigneur!» Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. } ce verset prouve que le muhkam renvoie à ce qui est clair et précis, tandis que l'équivoque dénote ce que l'observateur n'arrive pas à comprendre.

La teneur du hadith diffère de celle du verset en ce sens que ce dernier concerne ce qui est abstrait. En effet, il dit : { C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre: il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses }. Le sens du verset est donc équivoque. Le hadith, par contre, s'attache au statut : telle chose est-elle licite ou illicite ?

Sur le plan de l'ambiguïté, la question est la même. L'équivoque mentionnée dans le verset de la sourate Ali 'Imran a trait à une chose qui n'est pas claire. C'est le sens que nous retenons pour expliquer ce hadith, parce que si un terme a un sens obscur, ou si les savants diffèrent quant à sa signification, il faut retourner à la coutume du Législateur dans son discours. Entendons par là l'emploi qu'Il en fait dans le Coran. Ceci nous fera l'économie d'une difficulté dans l'explication du terme. Un examen du mot "mutashâbihât" révèle que certains savants le mettent en rapport avec la richesse autorisée et celle illicite. D'autres estiment qu'il s'agit de choses au sujet desquelles les savants ont des opinions différentes, dont certaines peuvent s'avérer justes.

La bonne explication consisterait, donc, à conférer à ces mots les sens qu'ils ont dans le verset de la sourate Âl 'Imran : le licite est ce dont le statut de licéité est limpide ; l'illicite se rapporte à ce qui a un statut illicite clair. Ce sont les "muhkamât". Quant aux choses dont le statut n'est pas évident, elles font partie des équivoques.

Selon les imams Ahmad et Ishaq, ainsi que d'autres savants, les équivoques touchent à tout ce dont le caractère licite ou illicite fait objet de divergence chez les Compagnons. Par exemple, on dit que les Compagnons diffèrent sur le statut du lézard du désert. Il est donc équivoque. Le même jugement s'applique à la cnsommation des animaux dotés de crocs, au port de certains vêtements, à l'argent licite qui se mélange à celui de l'illicite, à l'absorbption des boissons qui enivrent en grande quantité, etc. Ce sont autant de points équivoques pour celui qui les regarde de près. Ils ne sont véritablement pas clairs. Si on les classe dans la catégorie des équivoques, c'est sur un plan exégétique et non parce que ces choses le sont réellement. Si les imams Ahmad et Ishaq, ainsi que les autres savants, estiment que celles-ci sont ambiguës, cela signifie que celui qui opte pour l'autorisation doit éviter ces dernières. Par exemple, dans le cas de la boisson enivrante, la personne qui va dans le sens de la permission est tenue de suivre l'autre voie. De même, la sunna est clair au sujet de la consommation du lézard. Il nous appartient, par conséquent, de délaisser notre opinion personnelle au profit de la sunna, parce que l'ordre est on ne peut plus limpide. Certains individus affirment que ce sont des choses équivoques en raison du désaccord qui prédomine dans le domaine. Or, ce n'esit pas le sens voulu par le hadith. Ils ont tout simplement considérer le désaccord des savants sur la question.

En somme, il faut conférer aux hadiths le sens cité plus haut, à savoir que les équivoques sont les choses que l'on ne discerne pas ou dont le statut n'est pas clair aux yeux de celui qui en a besoin. Si le serviteur a un doute face à un type de vente, il vaut mieux pour lui de s'en écarter afin de protéger sa science et sa religion. S'il se demande s'il est autorisé ou non à épouser telle femme, il est préférable pour lui d'attendre jusqu'à ce qu'il soit fixé. Elle doit être, clairement licite ou illicite.

Il s'ensuit donc que, par rapport aux équivoques, deux situations sont possibles :

La première : celle que les savants laissent en suspens. Le savant s'abstient de se prononcer sur une question donnée en déclarent : "Je m'abstiens". Les savants l'ont fait dans le cas de questions comtemporaines. Par exemple, on leur présente des affaires liées aux ventes ou aux transactions financières nouvelles que les gens ont développées récemment. Afin de pouvoir les étudier, les savants sont obligés de s'arrêter. Cela s'est réellement produit par rapport à certaines situations médicales, par exemple. Cette attitude de réserve ne traduit pas pour autant leur incapacité. Ils le font plutôt pour préserver la religion. En effet, ils délivrent des fatwas à l'ensemble de la communauté. Dans toute fatwa émise de leur part, le licite - si la chose devient licite pour la communauté - leur sera attribué. Or, ils agissent au nom du Seigneur des mondes. Par conséquent, ils sont tenus de cesser jusqu'à ce que la question soit claire à leurs yeux. Quand les savants se refusent, temporairement, de se prononcer sur le statut d'une chose, celle-ci fait alors partie des équivoques.

La deuxième : ce qui est ambigu pour quelqu'un qui n'est pas un savant. Ce dernier doit éviter d'y avoir recours jusqu'à ce qu'il interroge un savant. Le Prophète (ﷺ) a dit : "entre les deux", c'est à dire entre le licite et l'illicite "il y a des choses équivoques que beaucoup ne connaissent pas". Cette assertion signifie qu'il y a des gens qui les connaissent. Il convient donc d'interroger ceux qui savent sur le statut de ces choses.

"Celui qui évite les équivoques" : avant d'en avoir la science ou concernant une chose sur laquelle les savants n'ont pas encore émis d'avis, "a mis sa religion et son honneur à l'abri". S'il protège sa religion, cela veut dire qu'il a fait ce qu'il est tenu de faire. Ainsi, il se passe d'une chose dont il ignore le statut, parce qu'elle pourraît être illicite. Or, le musulman est légalement responsable. Il ne peut accomplir une action que s'il sait que c'est licite ou que ce n'est pas illicite.  Celui qui se garde du licite équivoque ou de l'illicite équivoque a mis sa religion à l'abri, parce que, sans en avoir conscience, il aurait pu commettre un interdit.

Dira-t-on ici : s'il ne sait pas, il est excusé ? Non, au contraire, il n'a pas d'excuse, parce qu'il aurait dû attendre jusqu'à ce qu'il reçoit une information sur la nature de cet acte. Il aurait alors agi sur la base de cette science, parce qu'il est responsable. Son action doit être fondée uniquement sur un ordre du Législateur. C'est pour cette raison que le Messager d'Allah (ﷺ) a dit : "a mis sa religion à l'abri". Ensuite, il a ajouté "son honneur", parce que si le fidèle s'adonne aux choses équivoques, on pourrait s'attaquer à lui en avançant qu'il est peu scrupuleux, dans la mesure où il n'a pas protéger sa religion. De même, s'il s'abstient des équivoques il met son honneur à l'abri.

Ce hadith incite à l'homme à ne pas faire ce qui serait succeptible de nuire à sa réputation. Le croyant observe la condition de ses frères et tient compte du regard qu'ils portent sur lui. Il ne doit pas adopter un certain comportement en pensant : "Je ne fais pas attention à ce que disent les croyants, les savants ou les étudiants en théologie". Il est, par conséquent, recommandé de sauvegarder sa réputation en la préservant des attaques. Dans un hadith, le Prophète (ﷺ) déclare : "Il suffit comme mal pour un homme d'être pointé du doigt à cause de sa religion ou de son comportement, sauf celui qu'Allah protège". [1] Il s'agit ici du fidèle, car les gens critiquent l'action d'une personne si elle n'est pas conforme à la Loi.

Dans la phrase "celui qui tombe dans les équivoques, tombe dans l'illicite", l'expression "tombe dans l'illicite" a deux explications :

La première : l'illicite qui constitue, avec le licite, l'un des deux aspects et entre lesquels se trouvent les équivoques. Donc, celui qui s'adonne aux équivoques tombe dans l'illicite, car c'est l'une des deux possibilités.

La deuxième : il tombe dans une chose interdite, dans la mesure où il n'a pas protégé sa réputation, en évitant ce dont il ne connaît pas le statut. Par exemple, celui qui commet un acte sans savoir qu'il n'est pas interdit, agit de toute évdence sans aucun argument pour le soutenir.

Ceci tient pour les questions tiraillées de toutes parts, de manière claire. Il existe aussi des choses qu'il vaut mieux éviter par scrupule. Ce ne sont pas celles concernées par cette phrase, parce que l'Envoyé d'Allah (ﷺ) a dit : "celui qui tombe dans les équivoques tombe dans l'illicite", en raison de leur grande procimité avec ce qui est interdit. Il présente la situation comme si la personne était déjà tombée dans ce qui est illicite. Le risque est en effet très grand, comme le montre l'autre partie du hadith : "il est tel un berger qui paître son troupeau autour d'un enclos. Peu s'en faut qu'il y fasse paître". Le berger accompagne toujours son troupeau, mais il arrive parfois que des bêtes s'écartent du groupe pour s'approcher d'un enclos protéger. Ceci pourrait être un terrain consacré à l'aumône, la propriété d'un particulier, etc. En s'en approchant avec son bétail, il est presque sûr de nuire aux intérêts d'autrui, à tout instant.

Il y a là une formidable allégorie quand il (ﷺ) dit que "l'enclos d'Allah ce sont Ses interdits". Tout ce qui se trouve à l'intérieur de cet enclos est la religion et ces interdits constituent un enclos. Celui qui s'en approchedoit, nécessairement, à un moment donné, tomber dans ce qui est interdit.

Cette explication vaut même pour certaines circonstances où l'on est hésitant. Le Prophète (ﷺ) résume bien la situation dans cette sublime image "tel le berger qui fait paître son troupeau autour d'un enclos. Peu s'en faut pour qu'il l'y fasse paître". Il ajoute ensuite : "Chaque roi dispose d'un enclos. Or, l'enclos d'Allah, ce sont Ses interdits". La force de la religion tient, effectivement, aux interdits qu'Allah a décrétés.

Il est manifeste, d'après ce hadith, que celui qui s'approche des interdits risque, à tout moment, d'y tomber en raison de son laxisme.

Le hadith nous apprend aussi que le licite est clair et évident, tout comme l'illicite, et que le musulman n'est pas tenu de faire une chose que s'il connaît son statut. Dans le cas contraire, il lui incombe d'interroger les savants afin de dissiper toute équivoque. Si celle-ci persiste et qu'ils mettent leur avis en suspens, le fidèle doit s'en abstenir jusqu'à ce qu'il connaisse le statut de ladite chose.

Les questions qui font l'objet de désaccord, parmi les savants, n'entrent pas dans le cadre du hadith, car elles ne sont pas équivoques. Par exemple, si les savants diffèrent sur la nature d'une chose, on n'évitera pas celle-ci en affirmant, de manière catégorique, que celui qui s'y adonne tombe dans l'illicite. En revanche, on peut l'abandonner par préférence, en raison du désaccord.

Les savants ont comprit de ce hadith qu'il vaut mieux s'écarter de la divergence des savants. En d'autres mots, si ces derniers expriment des opinions différentes sur un sujet, il est meilleur d'y renoncer pour autre chose dont on est sûre. Selon d'autres considérations, c'est la bonne attitude à adopter. Dans certains cas pratiques, ce n'est peut être pas juste d'agir ainsi, pour des détails que l'on connaît.

Un exemple est le racourcissement de la prière en voyage. Les quatre imams - Mâlik, Abû Hanifa, ash-Shafi'i et Ahmad - ont limité la durée à l'intention d'un séjour de quatre jours et au-delà. Si le fidèle formule l'intention de séjourner quatre jours ou plus, il ne peut profiter de l'autorisation donnée au voyageur. Un deuxième avis des hanafites lui donne cette permission, s'il ne décide pas de demeurer plus de quinze jours hors de chez lui. Une troisième opinion, qui est celle du cheikh de l'islam Ibn Taymiyya et d'un groupe de savants, soutient qu'il peut profiter de cette autorisation jusqu'à ce qu'il ragagne son pays d'origine.

Nous sommes donc en présence de trois opinions. La première - l'intention de séjourner quatre jours - est plus probante parce que la question n'est pas claire du point de vue de la preuve. Dans tel contexte, l'action sur la base de la certitude est une protection de la religion, parce que la prière est le deuxième pilier de l'islam. La considération de la certitude, quand il s'agit de la prière, est l'enseignement contenu dans ce hadith, parce qu'il s'agit de préserver la religion. Il y a l'unanimité sur les quatre jours. La divergence porte sur toute autre période. Ceci étant, il est préférable de s'éloigner du désaccord, par mesure de précaution. Pour cette raison, de nombreux savants érudits se rallient à ce point de vue en invoquant la protection de la religion. Ils affirment qu'opter pour cet avis se résume à suivre la voir de la certitude dans une question relative à la prière, laquelle constitue le deuxième pilier de l'islam et le plus éminent des piliers pratiques.

Les savants s'intérrogent sur un autre point de ce hadith. Il s'agit de savoir si on peur consommer ce qui est offert par une personne dont la richesse est un mélange de licite et d'illicite. On peut considérer le cas d'un homme qui a des revenus licites mais qui, en même temps, obtient de l'argent de source illicite comme les pots-de-vin, l'intérêt, etc. Quel est le statut d'un tel individu ?

Les savants expriment diverses opinions à propos d'une telle situation :

La première : certains l'incluent dans le cadre de ce hadith. Ils soutiennent que le scrupule commande qu'il est préférable de ne pas consommer ce qu'il offre, parce que c'est une façon de se protéger.

La deuxième : un groupe affirme que tout dépend de la nature prédominante. Si c'est l'illicite qui prévaut, il faut se préserver. Dans le cas contraire, il est permis de consommer ce qu'il donne, tant qu'on ignore la provenance réelle de la chose.

La troisième : pour d'autres, parmi lesquels Ibn Mas'ûd, tu as le droit de le consommer, car c'est lui qui porte le fardeau de l'illicite. La provenance a changé. Il a acquis le bien de manière illicite et quand il te le donne, c'est sous forme de cadeau ou autre. Le changement de la provenance change le statut de la chose. Ce principe se trouve dans le hadith de Barîra. On apporta au Prophète (ﷺ) de la viande qui avait été donnée en aumône à Barîra. Or, le Prophète (ﷺ) ne consommait pas l'aumône. Il déclara : "C'est une aumône pour Barîra et un cadeau pour nous" [2], parce ce que la provenance a changé, bien que ce soit le même aliment, en l'occurence la viande. Ceci a poussé un groupe de Compagnons et de savants à penser : on peut manger ce qui est offert et l'illicite incombe à celui qui l'offre. Dans ce cas, on lui a donné la viande en tant que cadeau. Il n'y a donc aucun mal à cela.

La quatrième : un autre groupe soutient qu'on peut consommer ce que la personne offre, tant qu'on sait que ce bien, en particulier, ne provient pas de ce qui est illicite. Sinon, il n'est pas permis de le manger mais on peut accepter autre chose. Leur preuve repose sur le fait que les juifs offraient à manger au Prophète (ﷺ), alors qu'ils vivaient de l'intérêt. Il arrivait que l'Envoyé d'Allah (ﷺ) consomme ce qu'ils lui donnaient.

Le but de cet exmple de divergence entre les savants est de savoir s'il entre dans le cadre de ce hadith ou non. La plupart d'entre eux répondent par l'affirmative, par rapport au principe du scrupule et non parce que celui qui consomme un tel bien a consommé de l'illicite. Toutefois, certains érudits, tels que Ibn 'Abd al Barr dans son Tamhîd et d'autres savants, font prévaloir l'opinion d'Ibn Mass'ud, en évoquant des détails qu'il serait fastidieux d'énumérer ici.

"Certes, il y a dans le corps un morceau de chair : s'il est sain, tout le corps sera sain. S'il est corrompu, tout le corps sera corrompu. Il s'agit du coeur" : cela signifie que le coeur, qui est le centre de la foi, est là où se trouve le scrupule. C'est lui qui permet de s'arrêter devant les équivoques ou qui pousse à s'adonner aux interdits. Si le coeur est sain, le corps le sera aussi à travers le comportement. Sa corruption entraînera également celle du corps. Tout ceci est donc rattaché au coeur.

Pour ce qui est de l'appréhension des connaissances, c'est le coeur qui s'en charge. En effet, les savants affirment que les textes tirés du Livre et de la Sounna prouvent que l'acquisition des connaissances, la bonté, la corruption, les intentions etc. sont toutes liées au coeur.

Dans ce cas, quelle est la fonction du cerveau ? Selon les savants, il sert à approvisionner [le coeur]. Ils diffèrent quant à la raison : se trouve-t-elle dans le coeur ou dans la tête ? La réponse correcte est le coeur. La raison n'est pas un coeprs. Il s'agit d'un terme pour désigner les choses qu'on perçoit, intellectuellement. Le cerveau qui se trouve dans la tête est un instrument qui pourvoit le coeur en connaissances.

Ce dernier appréhende-t-il du fait qu'il est un morceau de chair ? Non, c'est plutôt parce qu'il constitue la demeure de l'âme.


L'explication des 40 ahadith de l'Imam an Nawawi p97-107

[1] At Tirmidhi (2453) et At Tabarânî dans al-Awsat (7/72). Déclaré faible par al-Albani

[2] Al Boukhari (1493) et Mouslim (1075)