Accordez à chaque individu le statut qu'il lui correspond


عن عائشة رضي الله عنها ان النبي صلى الله عليه و سلم قال : انزلوا الناس منازلهم

'Âisha (رضي الله عنها) relate que le Prophète ﷺ a dit : « Accordez à chaque individu le statut qui lui convient. »

Rapporté par Abû Dawûd, livre de la bienséance (4842)
Al Albânî l'a qualifié de faible (as-silsilat adh dha'ifah 1894)


Commentaire

Quel sage hadith, dans lequel le Prophète ﷺ incite sa communauté à faire usage de sagesse ! En effet, la sagesse consiste à mettre chaque chose à sa place, et lui accorder le statut qui lui convient.

  • Allah est Sage quand Il crée et prédestine, Sage quand Il décrète des lois, ordonne ou interdit. Il a ordonné à Ses serviteurs de faire usage de sagesse dans tout ce qu'il entreprennent. Les ordres et recommandations du Prophète ﷺ s'articulent tous autour du concept de sagesse.
  • Ce hadith d'une portée générale en est une illustration. Le Prophète ﷺ nous y enjoint d'accorder aux gens le statut qui leur correspond, et ce dans toutes les transactions et manières de s'adresser aux gens, mais également dans le domaine de l'apprentissage et de l'enseignement.
  • Il faut savoir que les gens se divisent en deux catégories :

- la première est composée de ceux envers qui nous avons des devoirs particuliers, comme les parents, les enfants, les proches, les voisins, les amis, les savants, et ceux qui font acte de bienfaisance, qu'il soit général ou particulier.

Concernant les gens de cette catégorie, leur accorder le statut qui leur correspond consiste à accomplir les devoirs - reconnus par la religion et l'usage - que l'on a envers eux. Il convient donc de les choyer, de les honorer, de faire preuve de bienveillance à leur égard, de les vénérer, de leur être fidèle et solidaire, et de respecter tous leurs droits. Ces gens-là se distinguent donc des autres par ces droits particuliers.

- la seconde catégorie est composée de ceux qui n'ont pas de statut ou de droit particulier autre que ce qui leur est dû en tant que musulman ou en tant qu'être humain. Leur droit commun consite à ne pas leur porter préjudice par certains propos ou agissements. Il convient également de désirer pour les musulmans le bien que l'on désire pour soi-même, de détester qu'un mal ne les atteigne comme on détesterait qu'il nous touche. Et c'est un devoir que de protéger tous les êtres humains d'un quelconqe mal qui pourrait les atteindre, et d'être bienfaisant envers eux autant que faire se peut.

  • Ce hadith concerne également le fait de se comporter avec les gens conformément au rang qu'ils occupent. Ainsi, on doit respecter et vénerer les personnes âgées, être clément et doux envers les plus jeunes en fonction du contexte, se comporter avec les gens de son âge de la manière qu'il convient. On accordera une attention toute particulière à la mère dont les droits sont particuliers, et à l'épouse qui a également des droits particuliers bien que différents. On se comportera de manière affable avec les personnes en qui on a entièrement confiance, ce qui ne sera pas le cas avec celles qui ne jouissent pas d'un tel statut. On s'adressera aux rois et dirigeants d'une manière courtoise, correspondant au rang qu'ils occupent. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Allah a dit à Moïse et Aaron :

ٱذۡهَبَآ إِلَىٰ فِرۡعَوۡنَ إِنَّهُ ۥ طَغَىٰ , فَقُولَا لَهُ ۥ قَوۡلاً۬ لَّيِّنً۬ا لَّعَلَّهُ ۥ يَتَذَكَّرُ أَوۡ يَخۡشَىٰ

Allez vers Pharaon : il s’est vraiment rebellé. Puis, parlez-lui gentiment. Peut-être se rappellera-t-il ou [Me] craindra-t-il ? 

s20 v43,44

On se comportera avec les savants avec respect et révérence. On assistera à leurs cours, on fera preuve d'humilité et on exprimera la nécessité et le besoin que l'on éprouve à l'égard du savoir bénéfique qu'ils dispensent. On invoquera abondamment Allah en leur faveur, et plus particulièrement durant leurs cours et leurs séances de fatwas privées ou publiques.

  • Accorder aux gens le statut qui leur correspond consite également à ordonner aux plus jeunes de pratiquer le bien et de s'éloigner du mal par le biais de l'exhortation et des douces paroles. Il convient également de leur acheter présents et cadeaux pour les encourager et les inciter à faire le bien. Il faut éviter toute violence verbale ou physique à leur égard. C'est pour cela que le Prophète ﷺ a dit : « Ordonnez à vos enfants d'accomplir la prière à sept ans, et corrigez-les s'ils ne la pratiquent pas régulièrement à dix ans ». (1)
  • Le Prophète ﷺ pour gagner complètement à sa cause des notables fraîchement convertis, leur a fait don de biens de grande valeur, en raison des grands intérêts qu'une conversion durable de personnes d'une telle influence conférait à l'Islam. Il n'a en revanche pas fait de tels dons aux Compagnons qui étaient connus pour la sincérité et l'enracinement de leur foi. C'est ainsi que le Prophète ﷺ a accordé à chaque personne le statut qui lui correspondait.
  • Il convient également de s'adresser à son épouse et aux enfants en bas âge d'une manière leur correspondant, en d'autres termes de leur parler de façon à les mettre à l'aise et faire naître la joie dans leur coeur.
  • Accorder à chacun le statut qui lui corresepond, c'est également assigner aux fonctions religieuses et administratives des personnes compétentes qui excellent dans leur domaine, et qui se distinguent des autres dans la gestion de telles affaires.

- Prenons comme exemple le statut de chef d'état. Cette fonction là en particulier - mais cela concerne également tous les postes à responsabilités plus généralement - exige du dirigeant qu'il se concerte avec les membres de son conseil pour nommer ses représentants régionaux aux critères suivants : ils doivent être dotés d'un caractère fort, de courage et d'indulgence ; ils doivent maîtriser les substilités de la politique intérieure et extérieure ; ils doivent être capables de faire régner la justice, de faire valoir les droits des sujets, d'infliger des peines justes aux malfaiteurs et autres criminels, etc.

- Concernant la fonction de juge, le chef d'état doit la confier aux personnes dont les connaissances religieuses et celles du terrain sont les plus vastes, et dont la piété, la raison et les traits de caractères sont les meilleurs.

- Ce principe s'applique également à la désignation des imams dans les mosquées pour les prières en commun et celles du vendredi. Le chef d'état devra nommer les hommes les plus versés dans la connaissance des règles rituelles et les plus pieux, et ainsi de suite.

- Concernant la désignation des chefs de l'armée, le dirigeant devra nommer des hommes forts, courageux, raisonnables, aux conseils avisés, au fait des techniques militaires et de l'utilisation des armes de guerre. Le chef d'état devra prendre en compte tous les autres paramètres nécessaires à cette fonction stratégique des plus importantes et des plus critiques.

Ainsi, pour toutes les fonctions d'état, qu'elles soient importantes ou accessoires, le chef d'état devra choisir les personnes appropriées pour les postes adéquats, ce qui est une application de l'injonction divine :

إِنَّ ٱللَّهَ يَأۡمُرُكُمۡ أَن تُؤَدُّواْ ٱلۡأَمَـٰنَـٰتِ إِلَىٰٓ أَهۡلِهَا

Certes, Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants-droit

s04 v58

Or, nommer des hommes à des postes à responsabilités est un des dépôts les  plus à même d'être remis à leurs ayants-droit et aux personnes compétentes, car pour chaque fonction il existe des personnes compétentes et spécialistes de la chose. Et tout ceci fait partie des enseignements de ce hadith.

  • Accorder à chacun le statut qui lui correspond concerne également la relation que l'on doit avoir avec les pécheurs et les criminels. Si le Législateur à institué une peine pour un délit commis, c'est cette peine qui devra être appliquée, car c'est dans l'application des peines que réside l'intérêt public général. Si aucune peine n'a explicitement été instituée par le Législateur, une punition pourra être infligée en fonction de la gravité du délit et de la situation de la personne impliquée, ce qui peut aller d'une réprimande verbale à une punition bien plus sévère infligée aux déliquants, pour qui les simples remontrances ne sont pas assez dissuasives.
  • Ce hadith concerne également l'attitude à adopter lorsque l'on fait l'aumône ou offre des présents. Ainsi, l'aumône faite au mendiant qui mendie et se satisfait du moindre don, doit être différente de celle faite à l'indigent digne, qui a été frappé par la misère après l'opulence, et qui refuse de s'abaisser à la mendicité. Comme le dit le proverbe : « Soyez clément envers les hauts responsables déchus. »

On doit également distinguer entre les pauvres jouissant d'un passé glorieux dans la défence de l'Islam, qui ont fait preuve de bravoure et apporté quelque chose aux musulmans, et les pauvres quelconques.

  • Tout ce que nous avons mentionné entre dans le cadre de ce hadith à la portée générale qui vient confirmer les principes de la législation islamique et de la raison. Et tout ce que les musulmans considèrent bon, l'est également, l'est également auprès d'Allah.

(1) Rapporté par Abû Dawud, livre de la prière (495), Ahmad (2/187).
Al Albani l'a qualifié d'authentique (Sahih Abû Dawud 509).

Cheikh as Sa'di (رحمه الله), L'explication des 99 ahadiths concis p65/69