Quand le serviteur décède, ses oeuvres s'arrêtent, sauf dans trois cas ...

Abû Hyrayra (رضي الله عنه) rapporte que le Prophète (ﷺ) a dit : "Quand le serviteur décède ses bonnes oeuvres s'arrêtent, sauf dans trois cas : une aumône dont les bénéficiaires continuent à tirer profit, un savoir dont on continue à bénéficier, ou un enfant pieux qui invoque Allah en sa faveur. [Rapporté par Muslim, livre des recommandations testamentaires (1631)]

Commentaire

Allah a fait de ce bas-monde un lieu dans lequel on oeuvre. Les serviteurs y font des provisions de bonnes ou mauvaises oeuvres pour l'au delà, où se dérouleront le jugement et la rétribution.

Quand ils quitteront ce monde, ceux qui ont mal agi regretteront de ne pas avoir accompli de bonnes oeuvres de manière à goûter au bonheur dans l'au delà. Mais les regrets seront alors inutiles. Aucun serviteur ne pourra augmenter ses bonnes oeuvres, serait-ce du poids d'une fourmi. Et aucun d'entre eux ne pourra effacer le moindre péché de son registre. Toutes leurs oeuvres s'arrêteront, sauf dans trois cas mentionnés dans ce hadith, qui sont en fait les conséquences d'oeuvres accomplies par le serviteur de son vivant.

📝 La première oeuvre est l'aumône dont les bénéficiaires continuent à tirer profit. C'est le cas du legs d'un bien foncier des fruits desquels on tire profit, des ustensiles légués dont on peut faire usage, du legs d'animaux qu'on peut alors utiliser comme moyen de locomotion ou autre, des livres et exemplaires du Coran dont les gens tirent profit en les lisant, ou des mosquées, écoles, maisons et autres bâtiments légués pour le bien public.

Pour tous ces legs, les récompenses en découlant continuent à être comptées en faveur de leur donateur, aussi longtemps que quelqu'un en tire profit. C'est là un des plus grand mérite du legs. C'est particulièrement vrai dans le cas des legs à but religieux, comme ceux fait dans le but de diffuser le savoir religieux, pour le Jihad, pour permettre à certaines personnes de se consacrer à l'adoration d'Allah, et autres raisons similaires. C'est ainsi que les savants ont émis comme condition du legs que le but en soit de se rapprocher d'Allah et de faire preuve de piété.

📝 La seconde oeuvre du serviteur mentionnée dans le hadith est un savoir dont les gens tirent profit après sa mort. C'est le cas du savoir transmis aux élèves aptes à le comprendre, au savoir diffusé parmi les gens du commun, ou des livres que le défunt a écrit dans les diverses catégories du savoir dont l'utilité est avérée. Aussi longtemps que ce savoir continue à être enseigné soit oralement, soit par le biais des livres, la récompense en découlant s'ajoute au registre de ses bonnes oeuvres. Or, combien de savants vertueux décédés il y a des siècles de cela, voient leurs livres continuer à être étudiés, et leurs élèves diffuser leur savoir, génération après génération. Et c'est là de la part d'Allah une grâce immense.

📝 La troisième oeuvre mentionnée dans le hadith est un enfant pieux, de la piété et des invocations desquelles son géniteur continue à bénéficier. Cela englobe aussi bien les enfants du géniteur, que les enfants de ses enfants, et ainsi de suite, mâles ou femelles. Ainsi l'enfant pieux ne cesse d'invoquer Allah en faveur de ses parents, pour qu'Il leur pardonne, leur fasse miséricorde, élève leur degré et multiplie leur récompense.

📝 Les oeuvres mentionnées dans ce hadith sont celles dont Allah parle dans le verset suivant (s36v12):

إِنَّا نَحۡنُ نُحۡىِ ٱلۡمَوۡتَىٰ وَنَڪۡتُبُ مَا قَدَّمُواْ وَءَاثَـٰرَهُمۡۚ

﴾ C’est Nous qui ressuscitons les morts et écrivons ce qu’ils ont fait [pour l’au-delà] ainsi que les traces qu'ils ont laissées. ﴿

"Ce qu'ils ont fait" : c'est à dire les oeuvres qu'ils ont eux-mêmes accomplies, qu'elles soient bonnes ou mauvaises.

"Les traces qu'ils ont laissées" : c'est à dire les conséquences de leurs oeuvres, accomplies par autrui, ou dont d'autres personnes ont bénéficié.

📝 Les bénéfices des oeuvres du serviteur qui continuent à être inscrites dans son registre après sa mort se divisent en trois catégories :

- Premièrement : Ce que d'autres personnes ont mis en pratique par sa cause, parce qu'il les y a incitées ou parce qu'il les y a orientées.

- Deuxièmement : Ce dont d'autres personnes ont profité, quel que soit le type de profit qu'elles aient pu en tirer en l'imitat dans ses oeuvres. Sa récompense sera proportionnelle au bénéfice que les gens en ont tiré.

- Troisièmement : Ce que d'autres personnes ont accompli, puis qu'elles ont offert au défunt. Il pet également s'agir d'une aumône qu'elles ont faite en son nom, ou d'invocations qu'elles ont adressées à Allah en sa faveur. Ces personnes peuvent être ses propres enfants, ou ses disciples, comme les élèves qui ont bénéficié de son enseignement, de ses conseils et ses recommandations. Elles peuvent être des personnes proches, des amis qui l'aiment particulièrement, ou même des gens du commun des musulmans. Ces personnes lui feront donc augmenter ses bonnes actions en fonction des services qu'il a rendus à leur religion, du bien qu'il a diffusé parmi elles ou dont il a été la cause, mais aussi en fonction de l'intensité de l'amour qu'Allah a fait naître dans leur coeur à son égard, et dont les conséquences nécessaires sont que ces gens invoquent Allah en sa faveur et Lui demandent de lui pardonner.

Toutes ces considérations entrent dans le cadre de ce hadith.

📝 Plusieurs conséquences heureuses peuvent se consentrer dans une seule et même chose. C'est le cas de l'enfant pieux et érudit, dont le père a déployé tous les efforts nécessaires pour lui dispenser un enseignement religieux. C'est aussi le cas des livres religieux qui sont légués ou offerts pour que les gens en tirent des enseignements bénéfiques.

Enfin, ce hadith incite clairement au mariage, dont l'une des conséquences est l'obtention d'une progéniture pieuse, entre autres intérêts, telle qu'une épouse pieuse à laquelle l'époux dispenserait un enseignement religieux qui lui profitera et dont elle fera profiter autrui.

Et Allah est le plus Savant

 

📗 L'Explication de 99 hadith concis ; Cheikh as Sa'di (رحمه الله)